Découvrez une vision alternative des lieux coloniaux, portée par les voix d’acteur·ice·s de la lutte décoloniale.

Audio, textes et visuels accompagnent chaque partie pour vous immerger dans cette réalité parallèle.

Palais royal

vu par…

ALIOU Baldé

 

« Moi, j’ai un rapport plutôt militant.

Le palais royal est forcément un lieu où un certain nombre de décisions coloniales ont été prises au détriment des Congolais, des Rwandais, des Burundais et des Africains de manière générale.

En termes de lieux touristiques, c’est un lieu très important en Belgique. C’est un lieu, au-delà même du tourisme, symboliquement très important pour l’État belge. Je ne suis pas sûr que la plupart des gens qui s’intéressent au palais royal font aussi le lien avec ce qui s’est passé durant la période coloniale.

Pour mieux comprendre la transformation proposée par Aliou Baldé, nous lui avons d’abord demandé de nous partager son rapport à ce lieu.
Il y a donc une nécessité politique à rappeler ce type de mémoire, ce type d’enjeu.

Par exemple, en ce lieu ont été accueillis les bureaux léopoldiens pendant toute la période coloniale, actuellement, quand vous y allez, c’est à l’extérieur du palais mais à l’époque, c’était à l’intérieur du bâtiment du palais royal, ici, à Trône : ce sont les bâtiments du chalet norvégien qui est réputé pour être les bureaux de l’État Indépendant du Congo.

© Charlotte Pers

Depuis 2013, Thierno Aliou Baldé est un militant au sein du Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD) et son travail s’axe davantage sur les visites décoloniales.

Le palais royal, de manière générale, a représenté toute cette violence, des décisions surtout qui sont prises au travers de ce bâtiment. Ça commence par Léopold II, mais ça se suit jusqu’à actuellement avec Philippe, le dernier acte est lorsqu’il nous a dit qu’il avait des profonds regrets vis-à-vis de la colonisation. On doit se contenter de ça apparemment…”

nous rentrons à présent dans la transformation du palais royal en co-création avec Aliou. Les faits « présents » sont bel et bien fictifs.

Musée de la mémoire coloniale belge

2026 est l’année de la fin de la monarchie belge…

La famille royale se retrouve dans un scandale plus grand que celui des mains coupées, ce qui a mené à une campagne de résistance nationale puis internationale. Sous la pression, la Belgique a décidé d’être une république à l’image de la France.
Les vérités sur les réels agissements de la couronne au Congo et ses alentours sont sorties et symboliquement, l’État belge a décidé de donner le palais royal aux anciennes colonies. Depuis ces événements, le lieu est devenu aujourd’hui le Musée de la mémoire coloniale belge

          La création du musée a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, l’édifice qui incarnait un tabou national s’est muté en un symbole de la fin de la colonialité.

          Les Afro-descendant·es aperçoivent une réappropriation historique, le lieu est désormais accessible beaucoup plus facilement au peuple bruxellois. Les médias ont vite compris qu’on ne parle plus seulement de politique, mais de justice, les associations possèdent enfin ce large plan d’actions longtemps demandé. Toute la ville de Bruxelles a hâte de voir ce nouvel espace de vérité. Malgré quelques trouble-fête politique, l’atmosphère reste assez positive. La diaspora africaine possède un pouvoir qui se veut réparateur, la transformation de la fonction du palais royal se voyait comme une évidence. La première visite guidée marque l’arrêt de la mise à l’écart institutionnelle des discours des minorités.

          Cette nouvelle dénomination du bâtiment introduit un changement de discours historique. Longtemps sous un tissu de mensonges et de minimisations, la réelle histoire de la colonisation reprend la première place dans la transmission.

pREMIéRE VISITE DéCOLONIALE

       La première visite guidée du Musée de la mémoire coloniale belge (MMCB) est organisée par le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations le 7 avril 2026. Il s’agit de l’une des premières victoires pour le groupe qui se bat, depuis sa création, pour la fin des représentations coloniales dans l’espace public.

« Bienvenue dans la Salle des victimes du roi Léopold II située dans l’actuel Musée de la mémoire coloniale belge !

 

D’abord, il est important de dire qui l’a bâti, mais à quel prix ? C’est au prix du sang des Congolais principalement qu’il a bâti et aussi de l’argent qu’il a emprunté au petit peuple belge. Cet imaginaire autour du roi bâtisseur doit être profondément interrogé et on ne peut pas accepter que la colonisation soit juste acceptée au nom du fait qu’il est bâti.

Pour nous, c’est une position qui témoigne tout à fait du mépris qu’on réserve au peuple dans ce cas-là et surtout à leur vie qui ne vaudrait rien. « Tant qu’on construit des bâtiments et des belles avenues alors on peut tuer des gens » sauf que cette idée-là est inacceptable, il est important de la déconstruire profondément. Au-delà de ça, il faut dire que Léopold II est un homme qui savait parfaitement ce qui se passait au Congo
Alors, ce n’est pas parce qu’il n’a jamais mis les pieds au Congo physiquement qu’il n’est pas au courant de ce qui se passe au Congo, puisqu’il est à la base des grandes décisions qui structurent la colonie, de ces décrets.

© Archives – AfricaMuseum

C’est à dire que, par exemple, dans le contexte du caoutchouc rouge où il dit « Plus tu rapportes de caoutchouc, plus tu as une prime », il fallait bien s’attendre à ce que ce système soit poussé à son maximum et que les gens qui veulent faire juste du profit le fassent, mais au détriment des populations. C’est du travail forcé, accentué, ce sont des mutilations multiples, ce sont toutes sortes de crimes qui ont été pratiqués au Congo.
A notre sens, il est important de rétablir ces vérités-là et de dire qu’il n’était pas naïf vis-à-vis des décisions qu’il prenait. C’est à dire que, par exemple, dans le contexte du caoutchouc rouge où il dit « Plus tu rapportes de caoutchouc, plus tu as une prime », il fallait bien s’attendre à ce que ce système soit poussé à son maximum et que les gens qui veulent faire juste du profit le fassent, mais au détriment des populations.

© Archives – AfricaMuseum

On tenait à ce que dans cette salle, ces crimes soient matérialisés par l’ensemble des photos que vous voyez, notamment des photos des mains coupées, mais aussi des coups de fouet, des munitions de la force publique, etc.
Léopold II, j’ai souvent tendance à dire que les Belges d’aujourd’hui sont beaucoup plus amoureux de Léopold II que les Belges de son époque. Pourquoi? Parce que cet imaginaire qu’il était un roi bénéfique pour le petit peuple belge est quelque chose qui a été fabriqué d’abord par lui et ensuite par le ministère des colonies par la suite et qui s’est malheureusement perpétué jusqu’ici.

© Archives – AfricaMuseum

Les gens qui vivaient avec Léopold II n’étaient pas naïfs vis-à-vis du roi. On rappelle qu’il était extrêmement polémique, extrêmement détesté par certain nombre de personnes, il est important de le rappeler. Dans cette salle, il y a aussi une référence au chalet norvégien qui était ses bureaux de l’État indépendant et il faut dire que il n’a pas cédé de bon cœur sa colonie à la Belgique. »

La salle des victimes du roi Léopold II

Léopold II arrive à lancer son projet d’empire colonial en incitant la bourgeoisie et les entreprises belges à y investir. C’est dans ce salon qu’il réfléchissait aux méthodes pour s'enrichir seul, ainsi que ses filles. La vente de matière première récoltée au Congo est un de ses accroissements financiers principaux, mais les conditions de travail et de vie des autochtones étaient inhumaines. Après de multiples tensions et scandales, le Roi bâtisseur est fortement attristé de devoir céder son Etat Indépendant du Congo (EIC) à la Belgique.
On compte aujourd’hui environ 10 millions de défunt·es par sa faute.

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La salle des victimes du roi Léopold III

Sous Léopold III, la question coloniale devient un tabou car le Roi des Belges entretenait de bons liens avec les Allemands au début des années 40. Pourtant, le rôle du Congo fut crucial durant la Seconde Guerre mondiale. Cela signifie que la monarchie maltraitait les colonisé·es chez elles·eux et obligeait une bonne partie d’entre elles·eux à se battre pour la Belgique. Au front, des milliers de soldats congolais étaient soumis à des officiers belges.

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La salle des victimes du roi Baudouin

La monarchie du roi Baudoin est connue pour être impliquée dans l’assassinat de Patrice Lumumba, Joseph Okito et Maurice Mpolo, des figures importantes du Congo fraichement indépendant. Ces derniers déclaraient que leur pays était devenu indépendant grâce à ses résistances non grâce à une faveur belge, ce qui ne plaisait pas au Bwana Kitoko et ses compères.

Dans le palais royal, il y a des traces de télégrammes du chef de cabinet du Roi Baudouin demandant l’élimination de Mr Lumumba. Fusillés, les corps ont été brûlés, pour empêcher qu’il ait un lieu de mémoire. Le Burundi et le Rwanda, alors devenues colonies belges récentes, ont également obtenu leur indépendance par des mécontentements de la société. Plusieurs autres victimes ont perdu la vie à cause de cet éveil intellectuel.

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La salle des victimes du roi Albert I

Sans s’opposer à son père, Albert I participe à la création d’une fédération qui incitait les jeunes à embrasser des carrières coloniales. Son règne est marqué par son envie d'apporter la civilisation et la technologie. L’organisation sociétale déjà présente au Congo a été dévalorisée jusqu’à être détruite, sous prétexte que les colons avaient une meilleure structure pour ce peuple.

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Aujourd’hui, le MMCB met la lumière sur celles et ceux qui ont subi viols, meurtres, rasements de territoire et bien d’autres atrocités des colons. L’injustice tue des gens et des sociétés, la conscience de cela est la première étape vers un futur meilleur.

5 ans plus tard… Quel bilan ?

5 ans sont passés depuis que le Palais royal s’est transformé en musée. Aliou répond à une interview de la rubrique culture de STRATES FM, le temps de dresser le bilan de ces 5 dernières années. Qu’est-ce qui a été accompli mais que reste-t-il encore à accomplir ? 

« Ce que nous avons réussi à obtenir juridiquement de la part de l’État fédéral belge en particulier, c’est que juridiquement, le bâtiment qui était avant le palais royal devient le Musée sur la mémoire coloniale belge. Et juridiquement, la propriété du bâtiment est désormais au niveau des trois anciennes colonies de la diaspora africaine en Belgique. Ce qui fait que à chaque visite dans ce palais devenu musée, l’argent permet de financer la lutte contre le racisme en Belgique.

Certaines des salles du palais ont été aussi transformées en sièges d’association et en occupation pour les personnes sans papiers. On a réussi à créer un projet ambitieux qui part du principe que la lutte contre le racisme nécessite une autonomie des communautés concernées.
Ce financement vient appuyer directement cette autonomie dans la ligne droite de ce que nous disons au collectif :

Ce qui est fait pour nous sans nous est fait contre nous, mais ici, on fait pour nous-mêmes, avec nous-mêmes et les moyens qu’on a arraché au niveau de l’État belge.

On sait que la lutte contre le racisme va durer encore beaucoup d’années, qu’il ne faudra jamais d’ailleurs arrêter de lutter… »

On aimerait y être mais malheureusement cette perspective reste pour l’instant une fiction.


Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, mais pour décoloniser Bruxelles, tout commence par une volonté de changement.

Centre Culturel afro-bruxelles

ALIOU BALDé

Statue de Lumumba