Découvrez une vision alternative des lieux coloniaux, portée par les voix d’acteur·ice·s de la lutte décoloniale.

Audio, textes et visuels accompagnent chaque partie pour vous immerger dans cette réalité parallèle.

Palais royal

vu par…

Agnès Lalau

 

« C’est un bâtiment qui m’est assez indifférent, dans le sens où il fait parti du paysage.

Je passe régulièrement devant, donc je trouve que c’est intéressant quand même de s’y pencher, d’autant plus qu’il est entouré de symboles qui rappellent la période coloniale et aussi Léopold II. Il faut raser le bâtiment pour pouvoir reconstruire. Je trouve que c’est vraiment difficile de décoloniser des lieux qui sont tellement chargés. Pour moi, ils sont hantés. 

Pour mieux comprendre la transformation proposée par Agnès Lalau, nous lui avons d’abord demandé de nous partager son rapport à ce lieu.

Si on veut vraiment décoloniser et réparer, je pense qu’il faut imaginer de nouvelles choses. Pour que l’on ne soit pas non plus tout le temps ramené·es à ce passé très douloureux. Et pour cela, je pense que le point de départ serait un endroit que l’on aura nous-mêmes créé et où on pourra vraiment développer une nouvelle vision. »

© Charlotte Pers

Agnès Lalau est une artiste Belgo-congolaise qui a pour ligne directrice l’afro-féminisme. Ses oeuvres visuelles brisent les cycles racistes et mysogines en racontant différents récits.

nous rentrons à présent dans la transformation du palais royal en co-création avec Agnès. Les faits « présents » sont bel et bien fictifs.

Centre culturel Afro-Bruxelles

Après plusieurs années de patience, des changements s’engrainent et structurent une nouvelle société. Les collectifs afrodescendants ont de plus en plus de réponses favorables à leurs demandes et l’éducation scolaire enseigne désormais ce qu’est réellement le colonialisme.

Il n’y a désormais plus de sujet sensible dans l’histoire belge, le dégoût de la cruauté de Léopold II est remis à la mode. Depuis qu’iels sont concrètement éveillé·es, les civil·es, accompagné·es de militant·es, se sont levé·es pour mettre la pression auprès du gouvernement, ce qui a permis à plus de personnes racisées d’occuper des postes clés en politique.

          Cette diversité de profils au niveau décisionnel implique que les gens issus des minorités sont écoutés sur les solutions face au racisme et la discrimination. Le tokenisme n’est plus, tout comme le privilège blanc.

Cette nouvelle communauté postcoloniale est l’aboutissement d’un contre-pouvoir. Cette révolution structurelle a poussé à créer un référendum national pour mettre un terme à la royauté, et quasiment à l’unanimité, les Belges ont mis fin à la monarchie. Les nouvelles institutions reviennent cependant sur la gestion de problèmatiques passées, dont la décolonisation de l’espace public.

 

Plusieurs acteurs.rices décoloniaux.ales se sont attardés principalement sur la palais royal à cause de son ampleur et les discussions ont conclu que cette bâtisse devait être totalement détruite. Quelques temps après cette démolition, s’érige sur les vestiges de l’ancien palais, un nouveau complexe qui se sert du passé pour construire un meilleur futur : le Centre Culturel Afro-Bruxelles.

 

        Le projet, porté par un enjeu sociétal important, a bénéficié d’un financement rapide et conséquent de la part des institutions. Grâce au soutien conjoint des citoyens, des ministres et de l’administration, le monument a été construit promptement malgré quelques tentatives d’opposition. Cet espace de création est devenu un symbole belge de la décolonisation des pensées et suscite déjà une nouvelle ferveur nationale.

inauguration du centre

 Le fameux 8 mars 2028 est arrivé, le Centre Culturel Afro-Bruxelles ouvre officiellement ses portes. Agnès Lalau, la nouvelle gestionnaire des activités du centre, coupe la banderole devant les yeux de multiples personnalités publiques et de citoyen·nes et prononce son discours d’inauguration. 

« Bienvenue au centre culturel Afro Bruxelles. Vous allez découvrir ce tout nouveau centre qui est construit sur les vestiges du Palais Royal.

 

 Je vais vous inviter à découvrir les trois ailes. Dans la première aile, vous allez découvrir l’histoire précoloniale des peuples du Congo, du Rwanda et du Burundi avant la colonisation. Là vous allez plutôt découvrir un espace de découverte et d’échanges autour du patrimoine matériel et immatériel précolonial.

Après ça, vous allez passer par la salle des colonisations. Là, vous allez découvrir l’histoire de la colonisation et aussi ses impacts actuels en termes de racisme et de discrimination. Et enfin l’aile des futurs diasporiques où là vous allez pouvoir rêver à travers différentes formes artistiques. C’est un endroit où on soigne, on répare et aussi où on redonne de la dignité. »

Détruire pour mieux reconstruire est le leitmotiv de cette nouvelle place. Ce bel édifice souhaite que les échanges soient fructueux, le public n’est pas que spectateur, il est aussi acteur de l’événement auquel il s’inscrit. Plein de connaissances et de valeurs doivent être transmises, ce qui explique la spécificité de ce site, la séparation en trois très grands espaces. 

Au premier étage se trouve la première aile nommée Histoire précoloniale.

Le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo avaient des peuples déjà structurés avant l’arrivée des colons. Cet aire nous pousse à ne plus regarder le monde à travers l’œil occidental. Il y aura des conférences d’historiens, des mini-visites muséales, des soirées débats avec des gens ayant vécu dans les anciennes colonies. Ce premier étage cherche à remettre de la valeur sur le patrimoine précolonial.

La deuxième aile a pour titre Décolonisation.           

Dans la continuité de ce qui se fait dans la société actuelle, on se focalise sur le partage de l’Afrique en 1885 et ses effets. C’est un étage de réflexion et de discussions sur le racisme et la discrimination, pour totalement sortir de cet héritage qui fait encore des dégâts. Les journalistes, experts et autres professionnels seront forcément amenés à parler d’actualité.

Le troisième niveau, Futurs Diasporiques symbolise le pourquoi de ce lieu. 

L’aile utilise le passé mais est moins axé dessus, c’est l’endroit où on laisse l’art s’exprimer. Les chanteurs, poètes, peintres et danseurs qui savent ce que représentent le centre seront mis en avant. Ces salles de spectacles permettent de se soigner en regardant vers l’avant et non que vers l’arrière, histoire que toute personne qui cherche à se décoloniser sache qui elle est.

Les visites s’adaptent à tous les publics. Les trois espaces permettent à chacun de trouver son compte. Le centre culturel propose des expositions permanentes et ponctuelles en fonction des collaborations avec les artistes. Le complexe veut prendre soin des mentalités, en montrant de nouvelles images, pas seulement celles qui illustrent le passé.

lieu au quotidien

Le centre culturel Afro-Bruxelles est rapidement devenu un lieu incontournable de la capitale. Entre ses expositions, ses performances et ses espaces de dialogue, il est reconnu comme un symbole culturel puissant très apprécié du public, notamment du corps enseignant.

© Diana Barbu

  » – Oui, bonjour, je prévois une sortie scolaire avec mes étudiants en rétho pour mercredi 12 et j’aimerais savoir quelles activités vous proposez. Est-ce que vous savez m’en dire plus sur votre programmation prévue à ce moment-là, s’il-vous-plaît ?

– Mercredi prochain, vous pouvez réserver une visite guidée. Elles sont surtout pour les deux premières salles, précoloniale et colonisation. On s’adapte à toutes les tranches d’âge. Maternelle, primaire, secondaire. Mais on a aussi des publics, par exemple de personnes apprenantes en français, issues de l’immigration. N’hésitez pas à nous spécifier ce qu’il vous faut.

Et ensuite, on peut vous proposer aussi une série d’activités dans la salle des futurs diasporiques. En ce moment, on a une expo sur la scène artistique kinoise. Là, vous allez pouvoir découvrir toute une série d’artistes qui travaillent différents médiums comme la photo, la peinture, la sculpture. Et le soir, on a aussi une programmation de concerts de rumba,  une musique congolaise. Donc voilà, vous avez un large choix d’activités à faire. Vous nous dites juste ce que vous avez envie de découvrir et nous, on vous organise une journée. »

On aimerait y être… Malheureusement, même si cette perspective semble plausible, elle reste pour l’instant une fiction. Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, mais pour décoloniser Bruxelles, tout commence par une volonté de changement.

Musée de la mémoire coloniale belge

Angnès Lalau

Statue de Lumumba